Imaginez quatre tours de pierre alignées sur une arête rocheuse, veillant depuis des siècles sur les vallées du Cabardès. Les châteaux de Lastours sont de ces lieux qui racontent à eux seuls toute l’épopée cathare, entre résistance acharnée, sièges et reconquête royale. Si vous séjournez dans l’Aude, c’est une sortie que nous vous recommandons sans hésiter.
Une histoire de seigneurs, de mines et de résistance
Les seigneurs de Cabaret
Le nom occitan du lieu, Las Tors, signifie tout simplement « les tours ». Au Moyen Âge, le site est le fief des seigneurs de Cabaret, dont la première mention écrite remonte à 1067. D’où leur venait leur puissance ? En bonne partie du sous-sol : le Cabardès regorge de minerais variés, et on y exploitait déjà des gisements à l’époque romaine. La lignée était nombreuse, puisqu’on compte au moins vingt-deux seigneurs de Cabaret à cette période. À l’origine, il n’y avait sans doute que trois châteaux, dont l’emplacement a changé au fil des destructions et des reconstructions.
Un foyer cathare au cœur de la croisade
Au XIIIe siècle, Cabaret devient un centre religieux cathare de premier plan. Le village castral accueille de nombreuses maisons de parfaits, et plusieurs évêques cathares y font étape : Arnaud Hot, Pierre Isarn et Guiraud Abith. Le maître des lieux, Pierre Roger de Cabaret, est un fidèle de Raymond-Roger Trencavel, aux côtés duquel il a défendu Carcassonne.
À partir de 1209, Simon de Montfort ravage la région et s’attaque aux châteaux. Ceux-ci tiennent bon pendant deux ans. Pierre Roger réussit même un joli coup : il capture dans une embuscade Bouchard de Marly, seigneur de Saissac et proche allié de Montfort. Libéré en 1211, le prisonnier est chargé de négocier une reddition honorable, les châteaux devant être échangés contre des terres près de Béziers.
Pierre Roger se distingue alors par sa loyauté : il respecte sa parole jusqu’à la mort de Montfort à Toulouse, en juillet 1218. En 1223, les seigneurs de Cabaret reprennent les armes et récupèrent leurs terres. Cabaret devient le siège de l’évêché cathare du Carcassès en accueillant l’évêque de Carcassonne, menacé par les dominicains. Face à Humbert V de Beaujeu, Pierre Roger résiste encore longtemps, lors de ce qu’on appelle la guerre de Cabaret. Mais un nouveau siège commence en 1226, et Cabaret finit par capituler en 1229.
Le temps des forteresses royales
Après la capitulation, villages et châteaux sont pillés. Pour supprimer tout refuge cathare, le roi fait abattre les trois tours seigneuriales et leurs habitations, puis fait rebâtir les châteaux sur la crête, où ils sont moins exposés aux tirs ennemis. La tour Régine est élevée sur son ordre pour affirmer l’autorité royale. L’ensemble devient le centre administratif et militaire de la châtellenie du Cabardès, qui regroupe six communautés.
Les habitants, sans doute chassés en hâte, sont regroupés dans un nouveau village voulu par la couronne, baptisé Rivière. Il prendra à la Révolution le nom de Lastours, qu’il transmettra aux ruines. Au XVIe siècle, les huguenots s’installent dans les châteaux, jusqu’à ce que le maréchal de Joyeuse les en chasse en 1591. Les forteresses, datées des XIIe et XIIIe siècles, seront remaniées à maintes reprises jusqu’au XVIIe siècle.
Un patrimoine reconnu
Les ruines des quatre châteaux sont classées monument historique depuis 1905. L’ensemble castral, c’est-à-dire les châteaux et le village castral de Cabaret, a été inscrit en 2023, puis en partie classé en 2024. Le site fait aussi partie du bien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO sous le nom de Forteresses royales capétiennes du Languedoc, aux côtés de la cité de Carcassonne, des châteaux d’Aguilar, de Peyrepertuse, de Puilaurens, de Termes, de Quéribus, et du château de Montségur.
Ce qu’il faut voir à Lastours
Ce qui frappe d’abord, c’est le site lui-même. Les châteaux coiffent un éperon rocheux à environ 300 mètres d’altitude, au-dessus du village, isolé par les vallées profondes de l’Orbiel et du Grésillou. Ils verrouillaient l’accès au Cabardès et à la Montagne noire, d’où le nom du château principal, Cabaret. Grâce à ce relief protecteur, nul besoin d’une immense forteresse : chaque château épouse son rocher. Ils forment un seul ensemble sans pourtant partager aucune structure. Du nord au sud, voici ce qui vous attend.
- Cabaret : le site d’origine et la citadelle principale, défendue par une barbacane. On y voit une tour au nord, un donjon au sud et un corps de logis au centre, le tout ceint de remparts. Nous aimons particulièrement son chemin de ronde posé sur des arcades aveugles en arc brisé.
- La tour Régine : la plus récente et la plus petite. Sa tour de trois étages, desservie par un escalier à vis, cache en sous-sol la plus grande citerne des quatre châteaux. Elle est bâtie dans le même calcaire blanc que Cabaret.
- Surdespine : autrefois le plus vaste, c’est aujourd’hui le moins bien conservé. Repérez ses quatre fenêtres en plein cintre, ses rares meurtrières et sa citerne centrale, enduite d’un mortier de tuileau étanche, qui garde encore un morceau de canalisation en terre cuite collectant l’eau des toits.
- Quertinheux : le plus au sud, légèrement en retrait sur son piton isolé. Tour circulaire, courtine polygonale et entrée protégée par une chicane. Il domine les restes d’une église romane détruite.
Sur le versant ouest, ouvrez l’œil : on distingue des traces des anciens villages, disposés en demi-cercle autour de la résidence seigneuriale et suivant les courbes du terrain. Ces villages comptaient des maisons, des grottes refuges, des forges et des citernes.
Conseils de visite et infos pratiques
Les châteaux se trouvent sur la commune de Lastours, dans l’Aude. Pour les horaires, les tarifs et les conditions d’accès, consultez le site officiel des châteaux de Lastours avant de partir.
- Les ruines dominent le village depuis leur crête : prévoyez de bonnes chaussures fermées.
- En été, emportez de l’eau et un chapeau, et privilégiez le début ou la fin de journée.
- Relisez l’histoire de Pierre Roger de Cabaret avant d’y aller : la visite prend une tout autre saveur.
Pour une belle journée, associez Lastours à la cité fortifiée de Carcassonne, à seulement 14 km, que Pierre Roger a lui-même défendue. Et si vous voulez poursuivre sur la route des forteresses royales, le château de Peyrepertuse, l’un des « cinq fils de Carcassonne », est à environ 54 km.
FAQ
Combien y a-t-il de châteaux à Lastours ?
Quatre : Cabaret, la tour Régine, Surdespine et Quertinheux, alignés du nord au sud sur la même crête.
Les châteaux de Lastours sont-ils des châteaux cathares ?
Oui, Cabaret fut un foyer cathare majeur au XIIIe siècle. Les ruines visibles aujourd’hui datent pour l’essentiel de la reconstruction royale qui a suivi la capitulation de 1229.
Comment connaître les horaires et tarifs ?
Adressez-vous à l’office de tourisme, qui vous donnera les informations à jour.